vendredi 30 octobre 2015

Jeux d'enfants

Second objectif de cette journée à Moorea: la sortie "PMT baleine". Comme il y a deux ans c’est avec Henri, et deux de ses moniteurs que nous sortons, Christophe et Antony. Approche très respectueuse, beaucoup d’explications sur les habitudes et le mode de vie des baleines à bosses ou mégaptères (pour leurs très grandes  nageoires pectorales bordées de blanc). 
Trois scenarii possibles :
  1. La baleine qui se repose au fond et remonte toute les demi-heures à la surface pour respirer: pas mal
  2. Le groupe de plusieurs baleines, une femelle et plusieurs males qui se concurrencent, pas idéal pour l’observation en PMT car elles se déplacent… et suivre une baleine qui se déplace est cause perdue même pour un champion de la palme
  3. La baleine et le baleineau : là c’est bingo. En général, la maman se cale immobile à 20/30m de fond et remonte respirer toutes les 15/20mn, mais le baleineau, lui, a besoin de respirer toutes les 3/4 mn et remonte beaucoup plus souvent. On peut alors l’observer et le laisser venir à nous sans se montrer intrusif. Et alors il prend confiance et se met à jouer en se rapprochant de plus en plus. Il faut alors ne surtout pas commettre l’erreur de le suivre car, le baleineau, tel un jeune chien fou, va s’éloigner de plus en plus de sa mère, jusqu’à dépasser la distance que maman juge acceptable… Et passer dans une zone que maman baleine ne juge plus acceptable… ben… je vous laisse juger si c’est quelque chose que vous voudriez tester…
Le bateau navigue pendant toutes ces explications, nous sommes une dizaine à bord et nous nous mettons tous à scruter l’horizon… pas pour longtemps. 15 mn après notre départ, signes entendus entre Henri et Anthony : souffle repéré… et même DEUX souffles, un grand un petit : bingo ! Maman mégaptère et son baleineau J

Anthony part en éclaireur, nous fait signe, on se met tous à l’eau sans précipitation, sans faire de bruit, on nage vers Anthony. J’ai les yeux rivés vers le fond, j’arrive à distinguer la forme de la mère immobile au fond. Christophe me saisit le bras et m’arrache à ma contemplation, pointe le doigt vers la surface et là… à 10m devant moi…


Le BALEINAU ! Je l’avais presque oublié ! Il s’ébat juste sous la surface devant nous, il se tortille, nous montre son ventre tout blanc, agite ses nageoires, la queue… il s’amuse ! Je n’arrive pas à en croire mes yeux. Cela se passe juste devant moi ! Une telle scène, on en rêve, on se doute que cela existe… mais vivre cette scène en REEL…  J'avais dejà eu la chance de voir des baleines dans l'eau, mais une telle interaction... jouer avec un baleineau... ca n'arrive que dans les films non?


Et ce qui doit arriver arrive… comme il vient nous chercher, on se met à le suivre, nous aussi comme des jeunes chiens fous… et là la maman remonte, pas trop contente passe  5m sous nos palmes sans faire surface, récupère le jeune chien fou au passage et fonce droit devant. Aucun mouvement brusque, aucun signe visible d’agressivité… mais nous nous regardons tous penauds, avec un sentiment de vague culpabilité : grisé par l’enthousiasme on s’est un peu oubliés… Pas d’excuse, bien sûr… mais quand on vous met un baleineau devant le nez, qu’il se tortille devant vous, on peut rapidement oublier la raison et se laisser emporter L

D’ailleurs Henri nous rappelle du bateau, nous fait remonter et nous explique gentiment qu’on a fait quelque chose de pas bien… on a suivi le baleineau…  Ce n’est pas bien parce qu’éloigner un baleineau de sa mère peut le conduire à se perdre… et si le baleineau ne retrouve pas sa mère… ben il meurt !

On est mortifiés … Personne ne moufte et après l’euphorie, c’est la culpabilité… de s’être comportés comme  des bœufs de touristes qui consomment de la prestation sans respect et qui s’octroient tous les droits, y compris celui de jouer avec la nature sans la respecter…

Henri se radoucit et ajoute que c’est dommage parce que la maman, pas contente, a du filer et doit déjà être loin… et alors qu’il dit cela un souffle puissant, puis un deuxième beaucoup plus petit apparaissent à l’avant à 30m du bateau : on est tombés sur une maman compréhensive qui est finalement restée nous laisse une seconde chance. Henri demande d’attendre un peu et observe le comportement des animaux : il veut laisser le temps à la baleine de se calmer (et je le suspecte de nous laisser mariner un peu… ).

Puis de nouveau le feu vert : cette fois-ci on reste tous groupés au-dessus de la maman immobile au fond, et on laisse le baleineau venir à nous… et c’est un festival pendant l’heure qui suit : c’est au tour du baleineau d’être penaud puisque quand il fait mine de s’éloigner, personne ne le suit… du coup il revient de lui-même, se rapproche, s’agite, vient presque au contact, à un moment, je manque même de me prendre un coup de caudale alors qu’il vient faire une pirouette devant moi.
Régulièrement la mère remonte pour respirer mais doucement, sans intention de fuir, son comportement n’a plus rien a voir avec sa première remontée. Elle en profite pour retrouver son baleineau, tous les deux se frôlent pendant quelques minutes et la baleine, rassurée retourne se poster au fond alors que sa progéniture continue de jouer




Apres deux heures, il faut rentrer, laisser à regret ce jeune chien fou, qui pourtant continue à battre la surface de ses nageoires, alors que nous sommes remontés sur le bateau…

OH MY GOD!!!


Quel afflux d’émotions! Et cela ne fait pas 12h que je suis ici...






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